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Les légendes du Sport: Xavier Dietlin, ancien footballeur, scénographe de l'horlogerie.

Par Jacques Wullschleger
Photo: Cédric Widmer

"Je m'inspire des jeunes parce que c'est eux qui vont gagner."

Il a les deux pieds dans la réalité et le cerveau qui travaille en permanence. Ancien footballeur, attaquant qui avait de l'amour pour le jeu mais pas pour le milieu dans lequel il évoluait, Xavier Dietlin revendique un esprit créatif. "Je suis curieux, ça me remet en question, la zone de confort n'existe pas. Je provoque." Sur un terrain, il partageait aussi cette même veine. Un buteur et un gagneur, un compétiteur. Dans son sport, il a tout donné "Avec les M21, j'ai connu un bonheur extraordinaire", avant de l'abandonner à cause d'une méchante blessure à un genou (ligaments internes et externes touchés) survenue en 1993. A l'âge de 24 ans.

Les légendes du sport: Xavier Dietlin, ancien footballeur, scénographe de l'horlogerie.

Dans sa serre intérieure, Xavier Dietlin cultivait déjà, sans le savoir, sans peut-être en avoir le ressenti physique, une inspiration, source naissant dans une passion et dans l'idée de créer quelque chose de beau. "J'aime me mettre en danger et c'est la vie, c'est aussi vouloir la continuer", souligne t-il. "Les choses changent, on doit accepter ça." Il est à l'écoute, attentif, une tâche quotidienne chez lui. "Je m'inspire des jeunes parce que c'est eux qui vont gagner."

Il y a de très nombreuses années, il avait participé à un concours pour la maison Cartier dont l'enjeu était la création d'une vitrine. "J'avais terminé dernier, mais il s'était produit une révélation, le goût et l'envie d'inventer." Il a aussi découvert un monde de l'imagination installé en lui et qui couvait. Aujourd'hui, Xavier Dietlin est patron de Dietlin Artisans SA -en fait depuis très longtemps - une société familiale datant de 1854. Il a succédé à son papa, Hubert.

L'avenir est dans la libération de l'espace. L'ancien footballeur est devenu dans le domaine qui l'anime et le passionne un scénographe de l'horlogerie. Pour résumer cette apparente absence de protection, il présente des montres de luxe sans vitre blindée, sans grille ni "cloche" - cela c'était le passé, oublié désormais!? -, donc à portée de mains, des montres qui disparaissent prestement dans leur boîtier, dans leur fût dès qu'une main (baladeuse, que ce soit la gauche ou la droite) s'approche trop près d'elles. Protection assurée grâce à un système furtif. Une technologie, qui est à une révolution, reposant notamment sur un système de rayons infrarouges. "Je travaille avec l'EPFL, l'ECAL, la Business School, entre autres. Les vitrines cloches, en verre, c'est un truc de "vieux". La jeune génération veut autre chose.

Modestement, Xavier Dietlin est un peu un maître de cérémonie. Chaque marque développe un système exclusif, qui repose sur la même recette. "C'est celle que veut le client, qui souhaite quelque chose de nouveau. Il vient avec des idées, on réfléchit. Je luis dis: je les ai un peu changées voilà ce que je vous propose. C'est toujours une ou des idées parallèles aux siennes. J'en ai bien sûr, je m'entoure de gens qui ont des idées aussi. Les ingénieurs de l'EPFL, par exemple, résolvent les problèmes technique qu'on invente." Il ajoute: "Fin février 2018, les boutiques Tag Heuer (il y en aura une première au Japon) ne présenteront plus de vitrines mais des modules interactifs connectés. " Si les marques horlogères (la grande majorité?) imposent des concepts à leurs clients, Xavier Dietlin, lui, va vers eux en leur demandant ce qu'ils veulent. La démarche est atypique.

Le parcours de cet ancien footballeur à l'énergie débordante et communicative, qui a des souvenirs mais qui n'est pas nostalgique, l'est aussi, atypique.

Tout ça peut-il avoir une fin? "Le jour où je n'éprouverai plus de plaisir, ou quand le plaisir se sera éloigné, ou parti, je ferai autre chose. Je ne peux pas me contenter de quelque chose de médiocre." Dans son sport, il était déjà comme ça, travailleur humble et novateur, mais perfectionniste.

Xavier Dietlin et...
...l'euphorie de sa passion. Rien ne semble arrêter Xavier Dietlin. L'euphorie de sa passion ne connaît pas de frontière. C'est un inventeur, la création est une bulle, sa bulle. "Je cherche tout le temps. Dans une soirée, il arrive que je décroche, que je quitte la conversation, pensant à un concept." Il enquête dans son intérieur. "Quand j'ai fait le tour de la question, je suis de retour, avec les personnes qui m'entourent. J'avoue que la plupart des concepts sont créés en vacances.

Les légendes du sport: Xavier Dietlin, ancien footballeur, scénographe de l'horlogerie.La vitrine futuriste Fusion pour Hublot.

Xavier Dietlin est un optimiste réfléchi; surtout, son énergie, construite, est positive. "Je suis un train qu'on n'arrête pas." Il exagère à peine. La nuit, il pense, s'interroge: "Pourquoi je n'ai pas mis la montre horizontale?" Le jour, il se dépense, court, voyage beaucoup "Ne serait-ce que pour me tenir au courant de ce qui se passe", visite les boutiques et les salons internationaux, aime vivre celui de Bâle, Baselworld, la 1ère foire horlogère au monde, qui pour la petite histoire va se concentrer désormais sur les plus grandes marques (dès 2018). Sa durée sera aussi écourtée de 2 jours, tout sera revu à la baisse. Histoire de coller à la réalité et au monde dans lequel on vit, de s'orienter vers le futur. Qui est aussi la philosophie de travail de Xavier Dietlin.

Xavier Dietlin et...
...et la Suisse créative. "La Suisse? On vit dans un pays qui doit inventer, avoir des cerveaux (à l'EPFL, pour ne citer que cette institution). On en a, ils sont nombreux, je me demande si les gens s'en rendent compte, ont conscience de ça et de cette chance. Pour inventer, il faut des personnes hors du commun, atypiques, même si cela peut déboucher sur des dérapages." À l'écouter, à vivre ses paroles, surtout à les comprendre, Xavier Dietlin préfère ces personnes-là, extraordinaires aux autres, plus ordinaires et lisses, affaire de personnalité. "À Baselworld, je regarde comment les gens réagissent." Une ouverture d'esprit qui le guide dans son quotidien. Xavier Dietlin préfère agir que réagir. "J'ai un esprit très critique de ce que je fais."

Dans le monde de l'horlogerie, avec une confiance en lui grandissante, il a amené sa patte, avec des griffes nouvelles, et de la technologie dans les vitrines d'expos. "Il n'y a rien qui est inscrit dans le marbre. C'est ma façon de penser, mon tempérament." Xavier Dietlin avoue avoir une liberté dans ce qu'il fait, entreprend. Un privilège. Un autre: souvent il dit non ou doit dire non à un client. Là, c'est un luxe. "Le client me paie pour que je lui dise la vérité." C'est courageux. C'est aussi une signature. Il dit encore, intelligent et lucide, le nouveau monde l'exige, qui requiert une adaptation rapide pour ne pas tomber de très haut et dans les complications sérieuses: "Je ne téléphone jamais à un client pour lui proposer quelque chose car le client doit être demandeur. Mais un jour, ça changera."

Le monde aura alors aussi changé de dimension. Encore et encore.

Xavier Dietlin et le football
Xavier Dietlin s'est blessé en 1993, la saison du titre de champion de Suisse gagné avec Servette. "J'ai aimé jouer, le jeu, mais pas le milieu du foot", confirme-t-il. Et le fait d'être pro (à Sion et à Servette)? "J'ai trouvé ça chiant, à en mourir. Parce que le sport de haute compétition exige que tu ne fasses que ça. Et moi, je ne voulais pas ça. Peut-être n'avais-je pas le talent nécessaire pour survoler tout ça." Et d'ajouter, sans doute pour en avoir été le témoin: "Il n'y a pas plus emm... que d'être la femme d'un footballeur." Alors, la blessure, si douloureuse soit-elle ne s'est-elle pas révélée finalement bénéfique? "Je pense, oui, parce que j'avais fait le tour de la question au niveau du football. Elle a été dure à accepter mais je n'avais plus envie. Mon plaisir avait fondu. C'est affreux de dire ça quand on pense à tous ces footballeurs qui ne rêvent qu'à une chose: évoluer un jour en Ligue nationale et être un international."

Les légendes du sport: Xavier Dietlin, ancien footballeur, scénographe de l'horlogerie.

En décidant d'arrêter, Xavier Dietlin a dit non à beaucoup d'argent. "Mais l'argent n'a jamais été mon moteur. C'est le plaisir, aujourd'hui c'est pareil, je n'ai pas changé. Je reconnais que le football fait partie aussi de ma réussite, il y a contribué. J'ai réussi sans vouloir réussir. Dans l'esprit des gens de l'industrie, un footballeur, c'est "bête". Je prouve le contraire et il y en a beaucoup qui réussissent aussi. Ce genre de cliché doit disparaître.

Xavier Dietlin rêvait de jouer au LS. Il n'a jamais évolué à la Pontaise. S'il doit avoir un regret, c'est celui-là. "J'ai évolué avec Servette alors que je n'ai jamais habité Genève. Je suis un Lausannois dans l'âme et dans le sang." Alors entraîneur du LS, Umberto Barberis lui avait dit: "Xavier, je vous rappelle." Il ne l'a jamais fait. Un crève-cœur!

Palmarès
Xavier Dietlin est né le 5 novembre 1969 à Genève.
Ancien footballeur, attaquant.
A été sélectionné une cinquantaine de fois avec les M21 suisses.
A été international A suisse à 3 reprises (sous Roy Hodgson)
En 1992. A été junior au Stade-Lausanne. Puis a évolué en LNB (aujourd'hui Challenge League) avec l'ES Malley.
A joué ensuite avec Servette et avec Sion où il a été prêté (1.1.1993 au 1er juillet 1993).
A été champion de Suisse avec Servette (saison 1993-1994).
A joué aussi avec les seniors de l'ES Malley, équipe où évoluaient Chapuisat, Ohrel, Hottiger, entre autres, qui a tout gagné.
Il entraîne les juniors D de Prilly. Un de ses fils y joue.
En 2016, a été nominé entrepreneur de l'année (EY Entrepreneur Of The Year 2016 award).

Les légendes du sport: Xavier Dietlin, ancien footballeur, scénographe de l'horlogerie.

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