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Présentation officielle ce soir, au Musée d’art et de d’histoire de Genève, des 72 montres présélectionnées pour le GPHG 2017 (prix moyen : plus de 148 000 francs suisses !).

En marge de la nouvelle mise en scène de ces montres, on reste pantois en découvrant l’exposition parallèle des 26 montres primées au cours des seize éditions précédentes et déjà offertes au futur musée d’horlogerie de Genève…

Présentation officielle ce soir, au Musée d’art et de d’histoire de Genève, des 72 montres présélectionnées pour le GPHG 2017 Ne croyez jamais les politiciens genevois qui répètent depuis seize ans que Genève est la capitale suisse de l’horlogerie et la métropole internationale des beaux-arts de la montre. D’une part, c’est        faux : ni en chiffre d’affaires consolidé, ni en postes de travail, Genève n’est en tête des cantons suisses ! Et encore moins en musées de qualité, puisque ni la ville, ni le canton ne disposent à ce jour – et probablement pour les dix ans à venir – du moindre petit musée d’horlogerie [rappelons que le musée Patek Philippe est un musée privé, à l’initiative d’une seule manufacture], alors qu’il existe de fantastiques objets du temps dans les réserves des musées de Genève. Il arrive, sporadiquement, qu’une exposition officielle de certains de ces trésors soit organisée, mais cette scandaleuse absence de musée permanent d’horlogerie est aussi choquante qu’aberrante : si la politique est l’art autant que la capacité de rendre possible les évolutions souhaitables, il faut admettre que les politiciens de Genève sont des… incapables !

C’est pourquoi, malgré tout, il ne faut surtout pas bouder son plaisir quand un musée de la ville [le Musée d’art et d’histoire, où est abritée l’invisible collection des trésors de l’horlogerie genevoise] s’intéresse enfin au Grand Prix d’horlogerie de Genève et prête une salle pour organiser l’exposition des 72 montres présélectionnées pour le GPHG 2017. Le lieu est magnifique [salles monumentales, comme on les aimait il y a un siècle, quand on croyait aux fastes et à l’éternité de la culture traditionnelle], le décor parfaitement légitime dans sa profusion allégorique pour présenter des montres de haute horlogerie et la mise en scène intelligemment conçue pour rendre les montres accessibles.

Xavier Dietlin – que nous aimons qualifier de « vitriniste le plus doué de sa génération » [rien n’est venu démentir cette réputation que nous avons pu lui faire] – a imaginé de présenter les 72 montres du GPHG, à plat, en accès libre, à portée de main [ne pas toucher, SVP] et de selfie, sur autant de tables qu’il existe de catégories de prix. Une occasion sans doute unique de voir un remarquable ensemble dont nous rappellerons que le prix moyen ridicule et contre-performant reste de 148 200 francs suisses (Business Montres du 1er septembre). Même la place Vendôme n’oserait pas proposer une telle concentration de trésors sur aussi peu de mètres carrés. Même si la direction du GPHG n’est pour rien dans l’aberration de ce prix moyen démentiel, on appréciera qu’elle ait tenté de recréer un peu de familiarité autour des montres du GPHG en imaginant cette mise en scène de proximité…

Présentation officielle ce soir, au Musée d’art et de d’histoire de Genève, des 72 montres présélectionnées pour le GPHG 2017 Institution milléniale par essence [puisque née en 2000, avec un premier prix en 2001], le Grand Prix d’Horlogerie de Genève se devait de créer cette disposition horizontale des montres admises à concourir, en rompant avec la disposition verticale [les vitrines traditionnelles] qui relève désormais de l’ancien monde. Les marques se doivent de ne plus apparaître comme surplombantes, dans un schéma pyramidal du sommet vers la base : les montres sont en conversation horizontale, et non plus dans la soumission à la logique d’une pesanteur hiérarchique. La clé du dialogue à maintenir avec les nouvelles générations (Y et suivantes) se trouve dans cette posture d’horizontalité dont on peut que se féliciter qu’elle ait été d’emblée comprise et adoptée par le GPHG.

Coïncidence révélatrice : à côté des tables d’exposition des 72 montres du GPHG 2017, dans la même salle et sous les mêmes plafonds dont les stucs se perdaient à douze mètres de hauteur, on trouve une exposition classique de vitrines verticales, où étaient présentées les montres primées au cours des éditions précédentes du GPHG et offertes en hommage à ce musée d’horlogerie de Genève que tout le monde voudrait voir renaître – sauf les autorités politiques de la ville, qui aime l’argent des montres [les impôts des manufactures horlogères, les emplois qu’elles créent et les salons qui animent le tourisme local] bien plus que les montres. C’est là qu’on découvre l’horreur : 26 montres offertes en 16 ans aux collections de la ville, alors que le GPHG a décerné à ce jour 189 prix depuis sa création en 2001, dont 16 « Aiguille d’or ».

On en déduira que seules 14 % des montres récompensées ont été offertes au musée : une montre sur sept [pas tout-à-fait puisque certains prix ont été remis à des personnes, et non à des marques], ce qui fait que 86 % des horlogers sont d’incorrigibles radins. À qui la faute ? Un peu beaucoup aux marques elles-mêmes, qui pourraient faire un effort quand il ne s’agit pas de « pièces uniques » ou de précieuses montres de haute joaillerie – qui ne représentent qu’un peu moins de 20 % des récompenses attribuées au cours des seize dernières éditions : pas une seule Richard Mille dans les 26 montres remises au musée, ça craint ! Alors que François-Paul Journe (superbe montre en platine), Seiko ou De Bethune ont eu la politesse de déposer leur obole dans les collections genevoises…

À qui la faute, encore ? Un peu beaucoup, tout autant sinon plus, à la ville de Genève, qui confine ces 26 montres dans les coffres de ses réserves, au lieu de les exposer et de faire vivre en public le message qu’elles portent. Cette thésaurisation harpagonienne et cette occultation ont tout pour dissuader les marques d’enrichir les collections de la ville : à quoi bon offrir des montres que personne ne verra, puisqu’aucune exposition permanente et décente des trésors de l’horlogerie genevoise n’est envisagée avant une bonne décennie ? Avec une capacité mémorielle qui ne dépasse pas celle d’un poisson rouge, les gribouilles qui pilotent la cité de Calvin ont oublié un patrimoine horloger enrichi sans relâche depuis quatre siècles. À croire que l’enrichissement des collections du Musée d’art et d’histoire est le cadet de leurs soucis – il est vrai que les cadres et les employés des marques genevoises ne sont que très rarement les électeurs de cette classe politique…

Un message d’espoir pour conclure : pour arriver à la salle d’exposition des 72 montres présélectionnées du GPHG 2017, on passe par une salle où sont exposées une dizaine de montres créées par les élèves de la HEAD Genève spécialisés dans le design horloger (Bachelor et Master spécialisés). Certains de ces élèves ont déjà fait leurs preuves dans quelques manufactures. D’autres mériteraient l’attention des marques. Pas une seule des montres (prototypes) présentées au Musée d’art et d’histoire en prélude aux montres du GPHG ne laisse indifférent. On dispose ainsi cette année, en quelques pas, d’un saisissant raccourci de l’histoire horlogère de ces vingt dernières années : les 26 montres de la « bulle » [certaines commencent déjà à être sérieusement datées], les 72 montres présélectionnées de l’année [un peu « hors-sol » par leur prix et l’altitude de leur « niche »] et les 9 montres de l’avenir. L’histoire de l’horlogerie à Genève ne fait que (re)commencer…

 

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